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Geneviève ROUSSEAUX                                                          

 

VOLCAN - février 1981

 

Nous publions en première page la photo d'une oeuvre de Michel DELAERE. Nous comptons lui consacrer un tout prochain papier. C'est un artiste qui chez nous est très, trop peu connu. Il faut dire qu'il ne s'est pas encore vraiment montré au public, sauf en Flandre où son exposition a remporté un très vif succès. Nous avons eu l'occasion de le voir chez lui en famille, au milieu de ce qu'il fait. Ce fut une rencontre découverte d'un intérêt exceptionnel que nous comptons vous faire partager tout prochainement, mais nous ne résistons pas au plaisir de vous mettre en appétit...

Charleroi

 

 

 

 

Michel N'DIAY                                                                                 

 

-LA NOUVELLE GAZETTE-  avril 1981

 

Michel DELAERE présente à la galerie Beciani jusqu'au 13 mai une production artistique élégante, originale et inspirée, baptisée "sculpture murale".

Il s'agit en fait de panneaux en bois sculptés avec une finesse et une précision impeccable pour obtenir l'effet recherché.

Qu'il creuse une silhouette féminine, ou qu'il l'intitule sein, fesses, naissance de ventre, ou genou, son oeuvre s'écarte de l'inspiration charnelle initiale pour nous offrir en fait, le mouvement brillant, les lignes et les courbes épurées qui saisies pour elles-mêmes, rejoignent l'art abstrait.

J'ai particulièrement apprécié les sculptures où la recherche de DELAERE se simplifie encore d'avantage, avec un équilibre d'une surprenante justesse, et celles où le dessin des surfaces concaves ou bombées, et des sillons souples épouse avec harmonie l'évolution même de la veine du bois.

Il s'agit là d'une exposition peu commune et pleine d'attrait.

Galerie Beciani, Charleroi.

 

 

 

 

Geneviève ROUSSEAUX 

                                                     

JOURNAL ET INDEPENDANCE avril 1981

 

L'oeuvre la plus récente de Michel DELAERE en vitrine, dans le frémissement perceptible du blé soumis au soleil, à la pluie, aux éclairages divers, aux regards, serait invitation, gageure, appel?

L'exposition elle-même retracera l'histoire d'une démarche depuis les silhouettes figuratives, les complications tourmentées des formes qui se cherchent dans une tension certaine qui est celle de l'esprit, jusqu'à cette ascèse dépouillée de ses dernières réalisations.

Attentif, on y lira en filigrane l'irrésistible montée d'un amour avec ses premières découvertes quand le bois sert à ébaucher très personnellement déjà des rêves qui se précisent, quand il est travaillé ensuite en profondeur en reliefs un peu brusques, presque sauvages où la couleur foncée creuse encore la tension... Progressivement s'établit une connivence à laquelle répond la blondeur de la matière, ses nœuds, ses fleurs, appellent la caresse de la main, ses veines sont pulsations pour le corps de la femme, dit et redit de manière toujours plus subtile. Hanche qui se devine, plénitude des courbes, grâce d'une jambe étendue, abandon d'une chute de reins.

Tout devient suggestion légère qui atteint presque aux limites du silence comme si l'artiste cette fois était seul dans l'intimité la plus préservée et la plus secrète avec son sujet, son dessin, un outil de plus en plus fidèle au désir de l'esprit, à la volonté de la main.

La ligne demeure témoignage irrécusable de l'intervention de l'homme sur le matériau; la lumière et l'ombre joueront sur ces reliefs, complices invitées à des noces charnelles et mystérieuses;

Ceux qui manqueront ce rendez-vous sont impardonnables.

A la galerie Beciani. Charleroi.

 

 

 

 

Michel N'DIAY                                                                                  

 

-LA NOUVELLE GAZETTE- mars 1982

 

Dans ses sculptures murales (sur cèdre rouge), Michel DELAERE utilise, transforme, recrée les lignes, les mouvements, les reliefs du corps féminin qui deviennent les éléments de composition presque abstraite, ou totalement dégagées de la réalité.

Les oeuvres ou apparaissent réellement le buste nu épuré, m'apparaissent d'ailleurs moins intéressantes, moins originales que celles qui s'écartent avec aisance du figuratif.

La perfection de son travail, la qualité du polissage du matériau, la finesse, l'élégance de la composition, la force sobre du mouvement accusé, l'équilibre des reliefs et des creux offrent à ses réalisations un défi admirable, un rythme prenant, une classe remarquable.

La ligne souple fuit, évolue, incise le bois, soulignée par un autre relief, séparant différents plans.

L’œuvre change généralement d'attrait, d'effet, selon l'endroit d'où on la regarde, et selon l'éclairage qu'elle reçoit.

L'artiste s'efforce souvent à une sobriété essentielle qui constitue elle-même une audace, un défit.

Michel DELAERE confère au bois une sensualité permanente et raffinée.

Galerie Beciani, Charleroi.

 

 

 

 

Michel N'DIAY                                                                        

 

-LA NOUVELLE GAZETTE-  novembre  1983.

 

Michel DELAERE nous revient à la galerie Beciani, avec une série particulièrement réussie et homogène de panneaux de bois de cèdre rouge sculpté d'une extrême élégance, d'une pureté de lignes et de formes étonnantes.

 

Il fait vivre les courbes du corps féminin avec une sensibilité inouïe pour ce matériau qu'il a purifié, poli à l'extrême au point que le bois semble devenu pour lui une matière malléable, souple, docile comme les rondeurs de chair elles-mêmes, à la caresse de la main ou du regard.

Maîtrisant pleinement sa technique, il parait façonner ses bas-reliefs comme une pâte pour y amener les collines sensuelles, les creux secrets, les galbes superbes, les reliefs et les fentes subtils qui jouent avec les ombres et les lumières faisant prendre à l’œuvre des aspects mouvants, fascinants.

Les lignes, le graphisme précieux qui doit servir de base à la composition sculpturale, rappellent avec un perfectionnisme racé, et un grand équilibre de construction, le mouvement d'une croupe, le dessin d'un sein, le volume d'une hanche, mais bien souvent sans perdre le magnétisme de leurs sources charnelles, ces éléments deviennent les composants sublimés de jeux abstraits brillants.

Nous ne décrirons pas les oeuvres de DELAERE, car si elles imposent incontestablement une manière, un style, un esthétisme qui vise à l'essentiel à partir de quelques principes habituellement mis en valeur, chacune d'elles, que l'on pourrait croire semblable à sa voisine, est pourtant différente et fait oeuvre de création.

Galerie Beciani, Charleroi.

 

 

 

Michel N'DIAY

 

-LA NOUVELLE GAZETTE-  janvier 1984.

 

Les bas-reliefs en cèdre rouge et au polissage extrêmement fini de Michel DELAERE révèlent toujours une haute maîtrise de la technique et de la matière, opposant avec un profond équilibre, reliefs légers, boulés aux allures "organiques", lignes droites et courbes.

Les oeuvres présentes marquent une évolution vers des structures d'avantage scindées qui expriment une démarche plus âpre, plus épurée encore.

Centre culturel Claretie,  Merbes-le-Château.

 

 

 

 

L. DISPAS                  

 

-ECHOS ET POTINS SUR L'ART LIEGEOIS-   mars 1984.

 

"PURETE"

Michel DELAERE ne décevra pas en se mesurant magnifiquement à une matière somptueuse mais rebelle, le cèdre rouge, qu'il dompte avec une déconcertante aisance: le bloc rétif se plie docilement à la ludique opposition des courbes et des droites austères harmonieusement agencées, au rythme d'une composition élégante autant qu'intelligente.

Galerie Aturiale,  Liège.

 

 

 

 

Willy LESUR                                                                              

 

- LA MEUSE -  mars 1984.

 

Le cèdre rouge, caressé par la lumière prend des tons chauds et dorés. Un soleil pâle de printemps tout neuf glisse sur les panneaux de DELAERE; effleure les surfaces lisses, joue sur les formes rondes comme une main amoureuse sur un corps, ombres les creux, et s'attarde aux lisières de ce qui pourrait être amorce de colline ou courbe d'un sein.

Tout ici, est charme charnel, sérénité séductrice, allusion et douceur, plaisir de l'oeil et envie de toucher, de suivre du doigt la surface poncée, satinée comme une chair et comme elle vivante dans les veines du bois noble.

DELAERE, en quelques années, évolue d'une figuration réaliste un peu chargée à ce qu'il montre aujourd'hui: une abstraction suggestive, où le ciseau n'entaille qu'une partie du panneau, laissant intacte des surfaces qui sont comme des ciels, des plages, des espaces libres qui préparent le regard à la sculpture elle-même et mettent en valeur son pouvoir d'expression.

Raffinées, épurées, ces sculptures murales où tout est suggéré avec une grande économie de moyens font penser à cet art oriental qui traduit si bien un art de vivre.

Galerie Aturiale,  Liège.

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Stéphane REY                                                                                     

 

-L'ECHO DE LA BOURSE-  septembre 1984

 

Michel DELAERE est nè à Buvrinnes en octobre 43.

Il habite et travaille actuellement à Fontaine-Valmont.

Quelques expositions individuelles, des participations plus nombreuses à des ensembles, l'on peu à peu fait sortir de sa retraite. Les sculpteurs font rarement claquer les drapeaux au début de leur carrière.

Celui-ci allie à l'invention des formes la plus séduisante maîtrise de l'artisan. Il travaille le cèdre rouge du Canada en ronde bosse et en tire des demis-volumes assez étonnants, panneaux muraux d'une aimable abstraction ou l'on découvre des formes d'une séduction étrange qui sont indubitablement inspirées des rondeurs de la chair féminine.

On imagine que l'on réalise de telles choses par la technique du modelage où la matière ductile obéit aux pressions et aux caresses de la main.

Mais on demeure sidéré devant l'adresse du tailleur de bois qui tire de son matériau poncé, poli, peaufiné, une vie qui s'exprime en galbes, en creux d'une extrême douceur, en tendresses quasi charnelles.

Ces fragments emprunté à la chaleur de la vie, qui ont l'apparence ici d'une épaule, d'un sein, d'une hanche, ne militent cependant pas pour la figuration, issues d'une réalité concrète, ces choses se retrouvent digérées, assimilées par l'abstraction à quoi elles apportent quelque chose de délicat, de troublant et de suprêmement fascinant.

Aturiale Art Gallery, Knokke-Heist.

 

 

 

 

DUMOULIN                                                                                 

 

-NORD ECLAIR-

-JOURNAL DE MONS-

-LA DERNIERE HEURE-  octobre 1984.

 

MICHEL DELAERE A LA GALERIE  "7".

Prenez un bois de cèdre rouge du Canada et puis...Et puis confiez-le à Michel DELAERE, lui seul saura donner la vie à cette matière rare, à la texture et aux tonalités naturellement chaudes. L'oeuvre sculptée de DELAERE à quelque chose de spontanément attachant? Après une époque où l'artiste ciselait le bois en ronde-bosse, il aborda la sculpture murale dans des compositions où cuir et bois faisaient bon ménage. C'était encore sans doute trop baroque pour cet amoureux de la ligne pure et de la  force expressive qu'elle peut contenir. Ainsi, l'unité de ton qui s'impose de prime abord lorsqu'on visite l'actuelle exposition de DELAERE la situe-t-elle d'emblée bien loin du "déjà vu". Cette première impression purement formelle provisoirement écartée on s'attardera à l'oeuvre, pour constater, très vite aussi, que ma foi, elle est d'une essence rare...(sans mauvais jeu de mots).

Très sensible aux lignes courbes du corps féminin qu'il ressent tendres et sécurisantes, DELAERE y trouve le plus clair de son inspiration pour des tableaux sculptés dans lesquels ces lignes apparaissent épurées, mais encore réalistes, ou alors dans l'abstraction d'une composition originale propre à exprimer de façon privilégiée des sentiments comme l'envoûtement, la sensualité, la nostalgie.

Tout est rondeur chez DELAERE, et un patient travail de polissage du cèdre confère à ses volumes courbes un caractère de perfection rarement égalé. La ligne droite n'existe que pour mettre la courbe en valeur, et les surfaces planes et polies pour mettre les sphéricités en valeur.

Mais DELAERE doit être un de ces artistes maudits, beaucoup plus maudits que les zonards ou autre ultra-marginaux,  dans la mesure, justement, où son art se situe pile à mi-chemin entre le traditionnel et l'avant-garde. Ou alors, les snobs mis à part, il plaira à tous sans distinction. La vérité devrait se situer dans cette dernière hypothèse. Comme, en effet, ne pas être séduit par ces formes finement sensuelles, ces mouvements calmes et subtilement équilibrés, ou le bonheur sereinement voluptueux que ne peut manquer d'évoquer l'agencement des volumes lisses.

Galerie 7 à Mons.

 

 

 

 

M.G. MOREAU                                                                         

 

-LA PROVINCE-  octobre  1984.

 

Chacun peut aisément penser aux nombreuses utilisations du bois, qu'elles soient fonctionnelles ou décoratives. Mais si vous ne connaissez pas Michel DELAERE, jamais sans doute, vous n'imaginerez pas à quoi peut aboutir le savoir-faire d'un artiste adroit.

Le bois, en l'occurrence le cèdre rouge, par son aspect à déjà en soi une vie et dégage une impression de chaleur et de bien-être. En partant de là, Michel DELAERE renforce son habileté, l'équilibre entre les lignes droites et les courbes et l'harmonie entre les creux et les bosses.

L'artiste choisit des panneaux de cèdre où la fleur du bois est quasi inexistante pour souligner encore la sobriété de son expression. Les nuances de ton viennent du dessin naturel du bois placé verticalement ou horizontalement; les zones d'ombre et de lumière, les lignes, le relief inscrit dans le bois par l'artiste. Son matériel de travail se limite au ciseau de sculpteur et au papier verré pour polir la surface.

Ici encore, on retrouve la volonté de l'artiste de travailler et de créer dans la simplicité.
Sa sculpture murale allie avec bonheur et pour notre plus grand plaisir la rigueur du format, des lignes droites, la douceur des courbes et des galbes; ainsi que la rigueur des coups de gouge qui ne permettent aucune erreur.

A la galerie "7" à Mons, jusqu'au 4 novembre.

 

 

 

 

Roger FOULON                                                                           

 

-LE RAPPEL-  octobre 1985.

 

Michel DELAERE qui vit à Fontaine-Valmont, est un sculpteur doué qui travaille le bois avec talent. Il a d'ailleurs une longue expérience de ce matériau. Il s'occupa, voici quelques temps, à la construction de maisons entièrement réalisée en bois. De cette époque et de ses recherches techniques, il à gardé le sens du "beau" qui le guide à présent dans la conception de ses sculptures murales. Il expose actuellement à la galerie Beciani. C'est une exposition à voir.

Il s'agit là de grands panneaux de cèdre découpés, chantournés, griffés, poncés, polis avec amour. Chaque fois, le sculpteur invite l'oeil à imaginer, par delà les apparences, des vallonnements, des plis de terrain, des arrondis de sol, des formes féminines: sein, une croupe, une épaule. Les galbes attirent la main pour un plaisir subtil. Chaque oeuvre suggère sans jamais décrire. Elle est invitation à une recréation d'un monde rêvé. Car ces sculptures murales ont un relief savamment modulé. On peut s'y aventurer et découvrir des enfoncements, des creux secrets, des plongées vers des touffes d'ombre qui semblent vivre parmi les stries du bois et les noeuds dont l'artiste tire profit pour déterminer d'intéressants graphismes. Il s'agit bien ici, par delà les apparences, d'un monde imaginaire dont l'artiste se révèle, inconsciemment, par un érotisme à peine décelable mais omniprésent. Des allusions plus féminines apparaissent parfois à la cimaise (comme dans femme), mais l'abstraction (à la manière de Mondriant, mais un Mondriant auquel s'ajoute le volume) a aussi son mot à dire.

Toujours, le titre des oeuvres est déjà poésie (Débarrassé de mes scories, Au replis du temps, Temps insoumis ou Entre deux âges).

Michel DELAERE semble aussi opérer une mutation dans sa conception artistique. Une très belle sculpture, intitulée Mon secret (est pour cause, puisqu'elle recèle réellement un secret) se dresse, solitaire, comme un totem au noeud patiemment délimité. C'est une voie que le sculpteur devrait exploiter d'avantage.

Né à Buvrinnes en 1943, Michel DELAERE à commencé d'exposer en 198O, soit individuellement, soit en groupe. Il fait aussi partie des Artistes de Thudinie. En moins d'un lustre, il s'est déjà taillé une belle réputation. Il la doit à son originalité servie par un beau talent.

Galerie Beciani, Charleroi.

 

 

 

 

Michel N'DIAY

                                                   

-LA NOUVELLE GAZETTE-  octobre 1985.

 

Collines, vallons fantasques, boursouflures légères s'épanouissent comme un bouquet de formes, de reliefs et de creux au milieu, au sommet ou plus volontier vers le bas de panneaux de cèdre lisses, clair ou légèrement foncés.

Ces bas-reliefs de bois à la construction mêlant l'élégance à la sensualité, naissent souvent à l'issue d'une faille, ou de plusieurs fissures qui s'y rencontrent.

Ces travaux apparemment abstrais prennent cependant une dimension "corporelle" des plus fascinantes. Ces plis et replis "charnels", ces courbes subtiles évoquant, avec un érotisme précieux, fignolé les charmes de la nudité.

Partant de ce principe, Michel DELAERE n'entre pas dans un système facile, mais laisse courir son imagination d'une oeuvre à l'autre avec une belle souplesse imaginative imprimant à ses panneaux un rythme constamment attractif, passant même par des stades où il oppose le mouvement du carré souple à celui des formes ovoïdes, d'autres où il découpe en partie la sculpture au sommet de la surface, ou bien l'isole complètement: une variation particulièrement agréable d'un thème esthétique, du rapport très accomplis et voluptueux entre l'artiste et le bois.

Galerie Beciani, Charleroi.

 

 

 

 

Jacques COLLARD                                                                                              

 

50 ARTISTES DE BELGIQUE, tome II  avril 1986.

 

Michel DELAERE: "TRANSCENDANCE DU CHARNEL".

 

LA NATURE EST FEMME

Son transit à travers la figuration lui a fait comprendre une profonde vérité dont tout son art actuel s'imprègne: économe des formes, la nature modèle tout à partir d'éléments identiques, qu'il s'agisse d'une chaîne de montagnes, des vagues mouvantes de l'Océan, de l'amibe ou des espèces géantes, des sinuosités de la texture du bois, ou du corps de la femme.

C'est dans le cèdre rouge que sa gouge de sculpteur part découvrir les galbes, les rondeurs, les vallonnements que découvre l'amoureux mettant en pratique ce mot que jamais je n'ai oublié, d'Olivier Strebelle:- Une femme, il faut l'effeuiller longuement pour en faire le tour (principe qu'il met lui aussi en pratique mais dans un autre propos sculptural).

Matériau dur, interlocuteur qui ne se livre qu'à la longue dans ce dialogue qu'entreprend le sculpteur avec la substance qu'il entend transmuer dans le sens de sa structure. Sculpter, n'est-ce pas en effet, éprouver d'abord les potentialités des différentes matières à l'effet de les adapter au résultat que l'on veut obtenir? à la démarche que l'on se propose? Etudier longuement les "lignes de force" des veines de tel ou tel bois, de telle ou telle pierre, y confronter ses instruments, passer du bois au marbre, à la pierre de France, aux métaux divers, suivant ce que l'on veut dire?

 

EXPOSE A QUARANTE ANS

Né en 1943, ses débuts aux cimaises datent de 198O: c'est dire qu'il n'est pas vite satisfait de lui-même et qu'il a tenu à mûrir longuement sa démarche avant d'affronter le public. Dès 1983, Michel DELAERE se fait remarquer au Palais des Beaux-arts bruxellois dans le cadre de la 8E Foire de l'art actuel où le représentait la galerie Montjoie (où Joseph Derweduwen, répétons-le , révéla maints jeunes talents). Même succès au Palais des Beaux-arts de Charleroi dans le cadre de

l'ensemble "Artistes de Wallonie". Précisons que c'est dans cette même ville que la galerie Beciani le révèle et l'expose encore par la suite. Reprendre en ce livre un artiste de réputation aussi récente, correspond à notre souci de ne tenir compte que de la qualité, sans égards aux notoriétés de longtemps acquises. Politique de découvreur qui est et restera la nôtre, ne serait-ce que dans une sadique volonté d'exaspérer les imbéciles.

Notre justification? Il arrive -et c'est ici le cas en l'occurrence-, que dans un métier où la règle est que l'on met longtemps à conquérir ses grades, certains privilégiés accèdent tôt à la parfaite maîtrise de leurs moyens. Bien des jeunes déçoivent, qui débutent pour délaisser fort vite la voie des arts plastiques. Tel ne sera certes pas le cas d'un artiste qui a pour exposer, attendu la quarantaine!

 

LE MUR FERME ET OUVRE

"Ronde bosse ou bas-relief"? s'interrogèrent les critiques devant cette oeuvre où les deux s'intègrent. DELAERE nous répond par le titre d'une de ses premières expositions: art mural, cher à Charles Counhaye qui annonça l'imminente résurgence de ces arts pariétaux.

Le mur devrait être limite, fermeture. Il devrait emprisonner.

Mais adorner sa surface d'une oeuvre plastique, c'est y ouvrir une fenêtre. Toile ou relief, tapisserie ou céramique (et j'en passe: citons aussi l'affiche, chose qui fut comprise non seulement au Moyen-âge roman, mais dès l'Antiquité et plus tôt encore, par nos lointains ancêtres qui suscitèrent un monde sur des parois de grotte. Pourquoi les évoquer ici, paradoxalement, le dire de Michel DELAERE consacré à Son Altesse la Femme, à l'Eternel Féminin chanté par Goethe dans le second Faust, nous évoque les courbes plus barbares peut-être mais issues de la même fascination exercée par sa compagne -son Prototype- sur le Témoin de notre passé magique, inscrivant dans la glaise ou les parois de Lascaux, d'Altamira ou du Tassili, l'objet du Désir qui travaillait sa conscience obscure, origine et source lointaine des raffinements de l'amour.

Rêvons-y et prolongeons le rêve: sans les Combarelles, pas de fresque de la Sixtine. Sans le son premier issu dès la première corde pincée ou de la flûte de Pan, pas de Neuvième Symphonie. Rien ne se fait sans le temps.

Bruxelles         

 

 

 

 

Roger FOULON                                                                            

 

-LE RAPPEL-

-LA NOUVELLE GAZETTE-

-LA CITE-  août 1986.

 

PRESENT A CANNES, BIENTOT A BRUXELLES, LES "RELIEFS" DE MICHEL DELAERE, PORTENT HAUT L'ART DE THUDINIE.

En 1975, à Fontaine-Valmont, petite localité de la Thudinie, commence une bien belle aventure artistique. Michel DELAERE, un artisan du bois, doublé d'un artiste aux idées novatrices, prend conscience des possibilités étonnantes que lui offre le matériau qu'il travaille journellement. Ainsi naissent ses premières sculptures murales. A l'époque, ce sont déjà d'intéressantes compositions éclatées où les divers éléments présentent des profils féminins qui se détachent sur des supports de tissu. Mais bientôt, Michel DELAERE rêve à des compositions plus vastes, en une seule pièce. Il travaille sans arrêt pour expérimenter les richesses et les secrets de diverses essences qui correspondent à ses projets. Voient alors le jour de remarquables sculptures en ronde bosse minutieusement taillées, poncées, polies, teintées. Les rondeurs féminines, les profils charnels, les ondulations géologiques déterminent dès lors des volumes qui suggèrent plus qu'ils ne décrivent. La réalité s'estompe sous l'imaginaire, mais reparaît bien vite avec des voluptés nouvelles de matière et de formes d'où un certain érotisme n'est pas absent. Michel DELAERE met au point une technique sûre qui lui permet de réaliser de grands panneaux en bois de cèdre. Il faut d'abord débiter le bois brut, l'assembler avec des patiences minutieuses, puis tailler les graphismes souhaités. Parfois des panneaux se chevauchent, se pénètrent, se complètent, établissant de la sorte de la profondeur dans ce qui n'était initialement voué quasi qu'à la surface.                                                        

Au fil des ans, cet artiste né à Buvrinnes en 1943 (entré au sein des Artistes de Thudinie le 22.09.84) a élaboré une oeuvre variée et d'une qualité exceptionnelle. Il a présenté ses sculptures lors des expositions organisées par les Artistes de Thudinie, mais également dans de nombreuses expositions personnelles en Belgique et à l'étranger.

Dans son atelier, établis, rue des Prés, N°1 à Fontaine-Valmont, Michel DELAERE se livre depuis quelques temps à d'autres recherches esthétiques. Usant d'une technique nouvelle et de matériaux nouveaux inédits, il taille sans cesse des modulations savamment orchestrées. Ainsi, de vastes espaces de bois venus d'Espagne, sont sculptés, poncés puis laqués dans des tonalités que l'artiste choisit avec beaucoup de discernement. Sur ces aires traversées de déchirures, de cicatrices ou de blessures, des fils colorés rejoignent des lèvres, ce qui confère à l'ensemble un aspect à la fois inquiétant et générateur d'émotions subtiles. Michel DELAERE expérimente aussi sa sculpture sur des panneaux de béton expansé et assemblés. Un nouveau support très délicat à travailler mais qui permet d'obtenir des oeuvres assez monumentales qui pourront prendre place à l'extérieur et où la lumière et les ombres jouent sans fin.

Ces grands panneaux ornent l'environnement immédiat de la demeure de l'artiste, une maison claire, construite en grande partie en bois, qui domine la Sambre et d'où l'on voit passer les péniches semblant naviguer sur la terre.

Actuellement, des oeuvres de Michel DELAERE sont exposées à Cannes. Fin septembre et début octobre, l'artiste fontainois présentera une belle exposition dans une galerie bruxelloise.

 

 

 

 

Paul CASO

 

- LE SOIR -  octobre1986

 

Les puristes se délecteront en parcourant l'exposition des panneaux sculptés de Michel DELAERE 0 LA GALERIE Montjoie.

 

Ce brillant artisan poète, installé en terre gallo-romaine à Fontaine-Valmont, excelle à créer dans la sereine surface du cèdre rouge du Canada des mouvements en creux, lignes de vie, ruptures sensuelles, bordures gonflées, échancrures mystérieuses, qui peuvent, quand on en force le secret, s'ouvrir pour révéler des caches à bijoux.

 

Tout cela est réalisé avec une science de l'arabesque et du polissage admirable. Il est aisé de faire un rapprochement avec les toile de Fontana, mais le bois travaillé de Michel DELAERE est à lui seul un trésor de la nature, un luxe qui se plie aux exigences savantes et métaphoriques de l'esprit.

Il y a dans cette exposition une noblesse de l'intention qui frappe et enchante.

Galerie Montjoie, Bruxelles.

 

 

 

 

Anita NARDON

                 

- LE DRAPEAU ROUGE -  octobre 1986.

 

TEL UN ORIENT SENSUEL

Peut-on qualifier son art de sculpture? Ce sont des surfaces de bois, et qui plus est de bois précieux. Ces plans sont en relief ou ronde-bosse, comme des sortes de murs entr'ouvert pour quelque passage secret. J'y retrouve le replis sensuel d'une chair abondante ou la forme de la vulve. La surface polie à l'extrême, offre l'aspect de la soie, doux au toucher, le panneau prend corps et vie. Il y a des bois clairs et des tons chauds de brun fruités. Personnellement, j'apprécie moins les bois noirs. Les nouvelles oeuvres soigneusement laquées selon la meilleure tradition d'Orient, offrent un autre reflet. La réaction du public habitué aux matières nobles est de dire "c'est du plastic". Mais non!

Les oeuvres de DELAERE sont comme des poésies que l'on enverrait à des peuplades inconnues. La verdeur de l'allusion sensuelle, la tendresse des replis, fait que l'on y trouve une sereine chanson à la vie, un hymne à l'amour, à la fraternité avec des lignes de force qui constituent un merveilleux élan vers l'autre, les autres, une sorte d'harmonie cosmique donne le ton à l'ensemble. Ce jeune artiste hennuyer surprend agréablement.

Galerie Montjoie à Bruxelles.

 

 

 

 

Stéphane REY                                                                              

 

-LA LIBRE BELGIQUE-  octobre 1986.

 

DELAERE, AVEC QUI LE BOIS SE FAIT CHAIR.

DES COURBES, DES CREUX, DES ENTAILLES ET DES DECHIRURES QUI FONT REVER:

Né à Buvrinnes (Hainaut) pendant la guerre, Michel DELAERE, autodidacte, habite et travaille actuellement à Fontaine-Valmont. Il s'est montré discrètement ici et là et c'est à Knokke que nous le rencontrâmes pour la première fois, il y a deux ans. Le voici aujourd'hui à Bruxelles avec un ensemble important et révélateur.

 

AMOUREUX DU BOIS

Très habile travailleur du bois, la main légère, il invente des formes au départ de panneaux de cèdre rouge du Canada, pratiquant la ronde-bosse et créant des panneaux sculptures d'une aimable abstraction où l'imagination a tout loisir de faire des rapprochements avec la réalité.

Michel DELAERE donc, caresse le bois, l'apprivoise, pour tout à coup l'entailler, lui creuser le flanc, prenant plaisir ensuite à polir la plaie, à en arrondir les contours, à donner à cette effraction de la belle surface ligneuse, l'apparence d'une rondeur féminine, d'un fruit plein et doux, mais aussi parfois d'une plaie suturée où l'on voit encore les fils noués par le chirurgien opérateur.

 

TAQUINER L'OEIL

L'artiste ne se contente pas de peaufiner les belles surfaces de cèdre d'outre-Atlantique. C'est un bois tendre mais stable, qui ne se déforme pas s'il fait humide, ni ne se fend s'il fait trop sec. Il le patine parfois en noir et cette fausse ébène a beaucoup d'allure, plus à notre sens que les panneaux laqués d'une grande perfection de couleur, dont la brillance, et l'aspect général évoquent le métal polis de la carrosserie automobile.

Ces oeuvres ont toutes leur secret. En cherchant bien, côté tranche, on découvre la trace d'une petite obturation de la grandeur approximative d'une pièce de cinquante centimes. Elle abrite un message, scellé dans l'épaisseur du bois et nous ne saurons jamais ce qu'il contient. C'est une sorte de déclaration de l'artiste vis-à-vis de lui-même, dans le genre "je suis contant de ma journée" ou "ma grande a été gentille avec moi".

Parfois aussi un panneau coulissant découvre quelque cachette gainée de feutrine, alvéole à bijoux...

 

UN ARTISTE AMBIGU

Michel DELAERE n'est pas sans problèmes, ni sans arrière-pensée. Son adresse manuelle, d'une imagination qui réussit à donner l'apparence d'une feuille de plomb sur elle-même repliée, ou d'une coulée de miel grasse et douce, ou encore de la viscosité d'une huile épaisse qui hésite au bord de la chute

On laissera à chacun le soin et la joie d'interpréter ces courbes, ces rondeurs, ces entailles et ces déchirures. De quoi longtemps rêver.

Galerie Montjoie, Bruxelles.

                                                                                                 

 

 

 

J.P. BOUYXOU & N. HUGNET                                            

 

-PENTHOUSE-  septembre 1986.

 

L'ART ET LA MATIERE.

...on retrouve la même volonté d'associer le beau et le fonctionnel chez le sculpteur Michel DELAERE, qui signe son oeuvre "Et lorsque nous...", un admirable bas-relief mural (12O x 12O), somptueusement sobre, dont la partie principale, un corps féminin nu, coulisse pour laisser apparaître des rangées d'écrins à bijoux.

DELAERE -un belge- pense qu'en acquérant une fonction utilitaire, "l'art prend une autre vie". De la sorte, il s'agirait de "proposer de vivre avec l'art" et non "entouré par lui".

Dans sa préface au catalogue de l'exposition, Gérard Xuriguera abonde dans le même sens quand il constate que cette manifestation "entend nous dévoiler une autre face de l'art, associée à l'existence journalière, qui, par son adhésion à la vie, se décline au quotidien". Il peut légitimement écrire que "son propos est de nouer un dialogue direct, sans intermédiaire, avec des groupes humains parfois tenus à l'écart des jeux artistiques", puisque "tout en conservant à l'oeuvre son intégrité, sans détournement, fragmentation, translation ou amputation, l'artiste y introduit un axe fonctionnel", permettant à sa propre création d'assumer deux "vocations", celle de "communiquer un sentiment esthétique et celle de "remplir sa mission utilitaire"...

Espace d'une Vision,

Moulin de Mougins, Golfe-Juan, France.

 

 

 

 

Pierre-Jean FOULON                                                                  

 

- LE SPANTOLE -   4è. trimestre 986.

 

Michel DELAERE est né en 1943 à Buvrinnes près de Binche.

Son père travaillait la terre, sa mère tenait un petit commerce sur la place de l'église.

Enfant, il sculpte des grottes dans les planches de caisses à oranges. A 14 ans et demi, il est embauché dans un atelier de menuiserie.

Vers 1963 installe son propre atelier de menuiserie.

Vit aujourd'hui, avec sa femme et ses deux enfants, à Fontaine-Valmont, près de Thuin, en bordure de la Sambre, dans une maison de bois dont il a dessiné les plans.

Depuis les années 7O, il s'adonne à la sculpture d'abord des rondes-bosses puis des panneaux.

Depuis 1980, nombreuses expositions individuelles ou collectives en Belgique et à l'étranger.

 

A l'heure où un artiste comme Bazelitz, en un impressionnisme un peu fou et quasi revanchard, sculpte dans les troncs des totems frustes, à peine ébauchés, qu'il colorie à la manière d'un océanien, à l'heure ou formes et couleurs se remettent à éructer au travers d'oeuvres revenant aux fulgurances et aux outrances primaires, on est stupéfait de pénétrer dans l'atelier du sculpteur Michel DELAERE. Là, naissent des panneaux, des bas-reliefs en quelque sorte, à propos desquels il y a urgence, même encore aujourd'hui à citer les mots du poète (on les a malheureusement trop souvent mal dits): "Là, tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté". Une autre image, plus contemporaine celle-là (car l'oeuvre de DELAERE, elle, est bien d'aujourd'hui): un lac immense, aucune vague, aucune ride; quelques reflets, quelques lignes seulement, immensément parallèles; soudain, de côté, au

centre, entre deux zones, un affaissement: l'eau s'engouffre vers la terre, créant courbes, flots, rugissements, débâcles, cataractes: vision qu'on peut avoir d'un panneau sculpté par DELAERE.

L'artiste aide le spectateur à se l'imaginer, lorsqu'il affirme: "ma sculpture demeure lisse, comme une journée où il ne se passe rien; puis subitement l'événement". Ce dernier, point central, nervure obligée, apparition subite de mouvement et de forme , d'action et de lumière.

L'oeuvre chez DELAERE, est puissamment réfléchie. On ne se lasse guère d'écouter DELAERE parler de sa sculpture. Ses commentaires, mûris, modelés par une démarche que d'aucuns prétendraient philosophique, entraînent à la surface de cette mer étale où, subitement, l'on se noie dans un déluge de vagues douces, énormes et envoûtantes comme des seins ou des glacis de femme. L'artiste parle beaucoup. Et pour affermir son message, il enchâsse dans la tranche de ses reliefs de petits bouts de papier qu'il emmuraille par la suite à l'aide d'un bouchon de bois collé: on n'en voit plus que la trace. Et l'on se demande alors ce qui pousse l'artiste à dire tant puisqu'il dissimule. D'ailleurs où vont les vagues qui s'écroulent dans son oeuvre?

Maintenant la technique: elle est capitale. Le lac, un vaste panneau de cèdre du Canada: eau délicatement rouge, ocrée, parfumée de résine et tendre sous l'ongle. Les lignes et reflets: les fils du bois, d'un bout à l'autre du panneau. L'affaissement, l'événement ( pour reprendre le mot de DELAERE): une taille en surface puis en profondeur du bois. Respectant les fibres, ondulant à travers le réseau organique, les formes naissent d'abord violemment amenées par un travail de sape: l'événement peut même naître d'une érosion à la tronçonneuse. Puis, à la gouge, le ciseau. Là, le geste est souverain. Sans maillet, avec la seule force des bras (l'un entravant la pulsion de l'autre), approfondir la taille, bomber les volumes, creuser les plis, ourler les chutes. Puis, comme on caresse une chair, comme on effleure une peau, sans fin épurer la forme au papier verré, nuancer les courbes, affirmer les arrêtes. Surgit cette étonnante vision d'un monde qui s'agite, qu'on avait cru définitivement scellé.

Telle est la force de l'artiste: maîtriser son geste au point de faire oublier, atteindre le pulpeux là où on attendait le coup, cerner la courbe là où on soupçonnait l'éclat. Ces panneaux: la forme la plus élaborée de son art. Des recherches aussi: l'utilisation d'un

matériau moderne, bois reconstitué tellement serré, tellement dense et fin qu'il permet des variations les plus subtiles et les courbes les plus senties. La taille et le ponçage terminé, la peau de pêche résorbée (l'épiderme de cette matière, une fois poncée, offre au toucher l'aspect du fruit), un travail de laquage étouffe sous son homogénéité toute référence à la matière, tout rappel d'existence. La forme est là par lumière plus que par relief, par image plus que par solide. Ultime étape du parfait? Outrage au sens? Impasse de l'objet? On aimera ces désincarnations de l'oeuvre aboutissant aux images du signe. Et pourtant DELAERE s'inquiète: il griffe le poli, gratte le miroir. Et les plis, qu'il voulait cascade, ou sein, ou épaule, ou vague deviennent cicatrices, sutures, plaies. D'où la nécessité de couturer, de renouer: des fils (très peu) ressoudent l'une à l'autre les lèvres distendues sous la pression du sens. Une autre direction encore: les vastes surfaces en béton cellulaire. Le but, on le pressant: la monumentalité, l'intégration. Déborder le panneau, le lac, pour sculpter l'océan, l'infini, l'espace. La paroi s'ouvre enfin au ciseau de DELAERE. Et les vastes ondulations cosmiques engendrent les plis de la terre. DELAERE, on le sent, s'élargit. Son oeuvre est prête à devenir aussi vaste que le paysage qui l'a sans doute enfantée: Sambre calme, étale, lisse, des collines molles sculptées par le ponçage de l'eau, des lignes acérées de routes et d'arbres, des replis de vallons et de courbes, des antres d'ombres et des attouchements de lumières.

Dans la Sambre, un déversoir: l'eau s'y engouffre en dessinant la courbe des panneaux de cèdre.

 Thuin.

 

 

 

 

Michel N'DIAY                                                                         

 

- LA NOUVELLE GAZETTE -   octobre 1987.

 

MICHEL DELAERE A LA GALERIE BECIANI

     A chaque nouvelle exposition de Michel DELAERE, on a l'impression qu'il a atteint, dans son style, L'extrême limite du perfectionnisme., et pourtant à la suivante, il paraît être encore allé plus loin.

          Maîtrisant merveilleusement sa technique sur panneaux muraux sculptés, il parvient ici dans ses bois purs laqués bleus ou à peine teintés de gris ou de beige (nouveau procédé?) a faire oublier la rigidité du support par la souplesse extrême du motif central qui lui fait prendre des "abandons" de draps froissés ou des ondoiements lisses et purs d'une huile agitée.

          Son souci d'arriver à l'essentiel l'amène à abandonner ses larges vallonnements charnels pour un sujet réduit parfois à une simple fente horizontale ou verticale, aux abords subtilement ondulés, parfois brisés par une excroissance ronde donnant à la démarche une sensation organique.

          Cicatrices, crevasses, plaies de la mémoire sensible, ses oeuvres parfois renforcées par des ligatures de bois ou de fils, dégagent un esthétisme émouvant. A travers ses sculptures, où chacune renouvelle l'intérêt et où des panneaux comme "Avec pudeur" ou "Nécessaire est l'inutile" ressoudant entre des parties lisses, deux portions de bois plus brut (une démarche à rapprocher de celle de Penone), apportents une note neuve, on goûte une étrange poésie raffinée du geste sculptural qui se ride, se creuse, disparaît pour réapparaître ensuite, suggère une courbe de chair ou une blessure avec d'infinies

nuances.

Galerie Beciani, Charleroi

 

 

 

 

Maurice HOUSSIERE                                                                 

 

-JOURNAL ET INDEPENDANCE-  février 1988.

 

"MICHEL DELAERE SCULPTE SURTOUT LE RAPPROCHEMENT DES ETRES".

Voilà un artiste qui, sans trop y croire encore, a apporté la synthèse propre à la recherche même de l'artiste: celle qui fait se joindre le quotidien et la beauté. Expliquons-nous: l'on considère comme de véritables oeuvres d'art les vases étrusques retrouvés sous la terre ou dans les fonds marins. La patine des siècles, la noblesse du temps enseveli leur ont donné d'office le titre d'oeuvres d'art. Dans leur contemporalité cependant, ils n'ont jamais été que des objets utilitaires, mais fabriqués par des sociétés anciennes dans lesquelles on savait transcender l'utile par le beau. Cette démarche est l'une de celles empruntées par Michel DELAERE, sculpteur, qui par son amour du bois d'abord, a su tirer des lignes éminemment signifiantes de son univers ou de ses obsessions, les transposant sur des oeuvres qui avaient pour but de s'intégrer dans l'habitat. Telle, par exemple, cette sculpture murale en bois se séparant en ceux panneaux pour laisser voir une armoire à petits objets qu'aucune femme ne pourrait mépriser. Telles aussi ces portes si belles en rideaux de théâtre, taillées à la gouge dans du hêtre.

 

On aurait tort cependant d'arrêter là les possibilités de Michel DELAERE, tant ses capacités et ses créations ont montré qu'il n'avait pas de limites.

Parti du bois, traversant de sa fougue le béton puis l'acier, Michel DELAERE laisse tomber son empreinte sur les matériaux, une marque artistique aussi originale qu'une empreinte digitale.                                                                             

 

LES MEMES

Quand on dit que son art est original, qu'il est issu des grandes traditions de l'art dans ce qu'elles ont de magique et de sorcier, à tel point que quelquefois il arrive que l'on pense à l'Afrique et ses sortilèges, l'artiste se cabre et s'interroge, sans comprendre ce qu'on lui veut.

"Mes connexions sont dans le rêve, riposte-t-il, et les grains du rêve sont semés dans la petite enfance. Je prolonge seulement, -et seulement signifie en esseulé-, ces instants merveilleux tu temps où j'étais gosse".

 A 44 ans, (c'est un chiffre porte-chance),il s'est tout de même imposé comme artiste confirmé.

"Je suis peut-être parti d'un manque, d'une volonté de rapprocher les êtres humains. Mais ça j'y pense après coup. C'est vrai que toute mon enfance a été véritablement enveloppée par la famille. Nous étions très unis, mon frère, mes parents, dans l'exclusive presque du monde extérieur. Oui, quelque chose devait manquer, que j'essaie de retrouver depuis les 10 ans que je travaille le bois, la pierre...".

"Je crois que la maison, par exemple, doit posséder en son sein un mur de brique qui a l'air de pénétrer dans l'intérieur de la demeure, pour que les enfants puissent s'y adosser rudement, symbole déjà de leur élan vers l'extérieur de la famille".

 

Ce rapprochement forcé des être humains est noté par ces plis dans ses sculptures où parfois apparaît un point de suture. Michel DELAERE a d'abord aimé sa femme; il a assuré le prolongement de cet amour dans son art, portant sur une courbe toute la tendresse d'un homme pour sa compagne. Phrase pleine, profondément inspirée de ce qu'il vivait dans son corps. Puis est venue la férie du couple accompli, venu à sa maturité, mais toujours exprimé, même s'il y a des déchirures, par des surfaces planes qui symbolisent les bras ouverts.

Pendant trois ou quatre ans, travaillant sans cesse le cèdre, on finit par lui dire trop souvent "ah! quel beau bois!". Lassé, il se dirigea vers la pierre de France, mais elle était trop lourde, trop "inaccrochable" à quelque cimaise que ce soit. Il passe donc au bois laqué, technique dans laquelle le bois disparaît en temps que matière au profit de l'effet sculptural proprement dit. Puis encore, il vint à regretter la fibre du bois, sa couleur, sa beauté intrinsèque rendue plus évidente encore par le polissage. Il faut d'ailleurs choisir son bois, s'il est taillé dans son fil ou sur quartier.

Mais comme un vrai gourmet, il ne s'arrête pas de découvrir, de vouloir découvrir des voies nouvelles, il ne peut résister à la tentation du béton, du cellulaire, enfin de l'acier, du fer et de la fonte, qui lui ont donné de grands moments: "ah! dit-il ces instants ou après un volcan fait des fumées du bois enflammé sous la fonte, on guide encore sur les cendres les derniers traits à dessiner!".

Mais il ne reste cependant dans l'oeuvre finie aucune marque de travail. "Je ne veux pas vendre de la sueur, proclame-t-il, Je veux estomper toute image de peine. C'est pourquoi chez moi, la sculpture est lente, de la gouge au papier de verre, le bois évolue lentement. Tout n'est plus que finesse des plis, volupté de la courbe, déchirement de la déchirure et de ses angoisses".

Il ira plus loin encore. Il suffira pour s'en convaincre de se rendre à partir du 28 février au Heyzel à Bruxelles où il exposera ses premières oeuvres monumentales, dont la plus grande mesure 2,5m sur 3m. Dix-sept oeuvres en tout y seront montrées.

Fontaine-Valmont. 

                                       

 

 

 

Janine LAMBOTTE                                                                   

 

- POURQUOI PAS? -   février 1988.

Un artiste, un sculpteur à Batibouw? Personne n'à trouvé la démarche insolite en 1987. Au contraire, la grand public s'est montré intéressé par cette confrontation inhabituelle, l'art dans l'expo, et l'expérience fut réussie du côté des visiteurs.

Elle ne le fut pas moins pour l'artiste, Michel DELAERE, la quarantaine sympathique et barbue, qui avait saisi l'occasion de concrétiser un rêve caressé depuis longtemps: réaliser des oeuvres de grande dimensions, s'exprimer pour la première fois avec d'autres matériaux que le bois.

Le résultat? Des sculptures monumentales en acier et en béton, matériaux promu noble par la grâce du créateur, qui eut la satisfaction de constater que ses oeuvres avaient toutes été achetées.

Autre satisfaction, Batibouw 87 permit au sculpteur de rencontrer des architectes attirés par son approche de la masse murale et qui en eurent le désir d'intégrer le mur-sculpture dans certains de leurs projets.

En outre, Michel DELAERE retira de cet essai la certitude qu'il prévoyait: il était fait pour les grandes dimensions et n'allait certainement pas s'arrêter en si bon chemin.

1988, re-Batibouw, non plus au vent, mais en haut des escaliers du Palais 11, où 7 à 8 grandes oeuvres en acier, en béton et en bois reconstitué laqué prendront les visiteurs de plein fouet. 

L'effet "laque", ne manque pas d'être surprenant, matière projetée uniformément sur ce "MDF" qui fait actuellement beaucoup parler de lui.        

Dans un autre lieu du Centenaire, le patio, Michel DELAERE expose, cette fois en "situation", quelques oeuvres de plus petite dimensions en cèdre, son bois favori, en chêne, soit l'art dans la maison futuriste imaginée par Houtinfobois et la Maison de Marie-Claire.    

"Je suis très heureux, dit-il, de cette nouvelle démarche, la rencontre avec un large public parfois peu concerné par le cercle fermé des galeries d'art. J'y trouve un véritable enrichissement, une autre ouverture".   

Nul doute que les visiteurs de Batibouw soient du même avis.                                                  

 

Michel DELAERE est un artiste autodidacte; son père était agriculteur, sa mère tenait un petit commerce sur la place de son village, Fontaine-Valmont, près de Thuin.       

Le bois fascinait le jeune garçon qu'il était dans les années 5O, au point qu'il façonnait de vieilles caisses en grottes mystérieuses dans lesquelles il enfouissait ses rêves.     

Son cheminement semble ensuite aussi naturel que ce bois qui l'inspire: du meuble sculpté, original (qu'il continue d'ailleurs à réaliser quand la commande lui plaît), il arrive à la ronde-bosse, puis au panneau pour aboutir -mais un artiste peut-il jamais parler d'aboutissement?- à la sculpture monumentale dont on admirera quelques beaux exemples au Heysel. 

Michel DELAERE a souvent exposé, seul ou avec d'autres; en particulier les galeries Beciani à Charleroi et Montjoie à Bruxelles lui sont hospitalières, il s'y sent bien.

Artiste inspiré, fervent, généreux, il aime la musique et par-dessus tout les compositeurs classiques, Beethoven, ce qui n'étonne guère, un même souffle, un pareil goût de l'ampleur le rapprochant du génial compositeur.       

Il aime Brell aussi; n'est-ce pas normal... Toujours l'ampleur...      

Ses goûts, affichés ou secrets, seront révélés le mercredi 2 mars dans l'émission "Bizness-Bizness", de Luc Rivet, qui s'est efforcé de nous faire le portrait de cet attachant artiste de chez nous, n'ayant pas craint de s'égarer dans le monde profane des visiteurs de Batibouw.

Bruxelles

 

 

 

 

E. M.                                                                                             

 

-LA NOUVELLE GAZETTE-   février 1988.

 

"MICHEL DELAERE: DE FONTAINE-VALMONT A "BIZNESS-BIZNESS" EN PASSANT PAR BATIBOUW".

Michel DELAERE est bien un artiste de chez nous. C'est un enfant du pays, comme on dit...Un enfant...prodige de Fontaine-Valmont. Aujourd'hui il expose ses sculptures  dans le hall d'entrée du palais 11 au Heysel.

Fort de l'expérience réussie de l'année dernière, Michel DELAERE a donc décidé de récidiver. Et c'est une bonne idée, en somme, puisqu'elle permet de faire découvrir, au grand public qui ne fréquente pas habituellement les galeries d'art, de fort belles sculptures monumentales.

 

Le rêve de l'artiste avait toujours été de réaliser des oeuvres de grandes dimensions et de s'exprimer avec d'autres matériaux que le bois. A force de persévérance, le rêve est devenu réalité puisque Michel DELAERE expose maintenant des sculptures monumentales en acier et en béton.

Mais cela il l'avait déjà fait l'année dernière. Cette année, grâce à l'intervention de quelques industriels dont le directeur général de Cockerill Sambre M. Delaunois, l'artiste a pu réaliser des oeuvres en acier et en fonte. Deux matériaux particulièrement prisés par Michel DELAERE. En effet, ces matériaux font partie de son environnement géographique: le ferronnier Lepuil, de La Buissière, la Fonderie de Thuin et l'usine Cockrill Sambre de Couillet. La Sambre est finalement, nous dit l'artiste, le lien qui a permis de réunir tous ces gens qui se sont unis pour que je puisse réaliser ces sculptures".

A Batibouw, Michel DELAERE expose sept ou huit très grandes oeuvres en acier, en béton et en bois reconstitué laqué. Batibouw lui convient très bien puisque, outre ses sculptures exposées, l'artiste réalise aussi des "murs sculpture".

Dans le patio du Centenaire, Michel DELAERE expose quelques oeuvres de plus petites dimensions en cèdre et en chêne.

 

Outre le bois qu'il a commencé à sculpter dans les années 7O, Michel DELAERE aime aussi la musique. Beethoven, bien sûr -toujours ce goût de l'ampleur- mais aussi Mozart. C'est sans doute pour cela qu'il a choisi le Requiem de Mozart pour le vernissage de son exposition.

 

Signalons encore que Luc Rivet consacrera son émission "Bizness-Bizness" du 2 mars prochain (RTBF) à Michel DELAERE; On y verra les différentes étapes de la réalisation de ses oeuvres monumentales en acier, chêne, béton et bois laqué.

 Bruxelles.

 

 

 

 

Wim TOEBOSCH       AICA                                                                 

               

-GALERIE MONTJOIE-  février 1989.

 

Michel DELAERE se présente comme sculpteur et l'on pourrait donc imaginer un homme confrontant une section de tronc d'arbre, l'attaquant au ciseau, faisant sauter de rudes copeaux de la masse, puis taillant de plus près, élaguant avec un soin plus méticuleux et terminant par des petits coups de burin ou polissant la surface.

Dans son cas, il n'en est rien et "orfèvre du bois" serait une désignation qui conviendrait mieux à son genre de travail, indépendamment des proportions de ses oeuvres. Michel DELAERE affectionne le carré ou le rectangle plans plus que le volume; il préfère le relief à la ronde-bosse; il entaille des plages ligneuses comme si elles étaient de malléables cristallisations de sable ou des peaux vivantes qu'il traite en chirurgien précautionneux, pourvu d'un sens esthétique raffiné.

 

Tout commence  par non pas le choix du matériau -le métal ou le ciment sont plus rares que le bois et le traitement sculptural est le même- mais des essences. Fibres fines et régulières, n'accusant que de faibles variations d'orientation et de teinte, d'un blond de sable, d'une opalescence de miel ou d'un brun chaud d'été indien, ou teintes en un bleu profond qui tire sa richesse du glissement et de la caresse de la lumière. Souvent, des formes géométriques parfaites: carrés ou rectangles, mais aussi quadrilatères étirés ou délimité, sur un côté, par un mouvement de vague ou de noeud. Parfois, l'accolement de plusieurs sections dessine, par ses nuancements, des rubans rigoureusement parallèles, comme quand, au bord de la mer, une vague un peu plus forte imprègne un peu plus profondément un ourlet de dune.

Cette géométrie harmonieuse dans son équilibre et sa sérénité, Michel DELAERE l'anime, la fait vivre, lui confère un dynamisme qu'il fait surgir du coeur de la matière. Il fait naître dans la région médiane de ses surfaces, des plissements, des renflements ou des renfoncements, des coulées ou des creux orientés du nord au sud, comme si des vallées étaient en formation sous l'effet du lent écoulement érodant d'une cascade d'eau; ou de l'est à l'ouest, comme si la rotation de la terre ou le souffle du vent imprimaient dans le sol des traces d'écritures mystérieuses. Dans les deux cas, le rapprochement avec les courbes et les reliefs d'un corps humain s'impose: DELAERE projette sur le bois ou dans le métal son exploration des cavernes intimes de l'anatomie. La plage du ventre se prolonge dans des plongées plus ombreuses; l'étirement d'un muscle se termine en un noyau d'énergie; des pénétrations s'ouvrent sur des éblouissements infinis. L'emploi de deux nuances de bois ou de vernis engendre parfois le sentiment de caresse, de protection, de délectation au toucher. Toutes les interventions de l'artiste dans la substance du bois sont des points d'orgue sensuels, comme si sa musique à lui consistait en une ligne mélodique simple et sinueuse qui gonfle soudain dans l'espace, crée une bulle harmonique et provoque des ondes d'écho qui se répètent d'une oeuvre à l'autre. Les proportions changeantes de celles-ci en font soit une fugue, soit un motet; ou elles s'amplifient en une symphonie en trois mouvements dans les oeuvres plus vastes, véritables triptyques aux douces ondulations de dune ou d'océan, ou de respiration rythmée. Occasionnellement, une brutale déchirure tend à écarter deux pans géométriques: DELAERE tisse alors entre elles un réseau de liens qui doivent reconstituer leur intégrité, mais qui deviennent aussi cicatrices.

 

Pour DELAERE, les matériaux -avec une prédilection marquée pour le bois blond- sont des éléments organiques: ils ont leur spécificité propre et leur toucher personnel, mais ils se prêtent avec complicité aux malaxations de l'artiste et enrichissent ainsi nos perceptions sensorielles et mettent au défi nos facultés d'interprétation.

 

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Michel Delaere is geen beeldhouwer in de gewone betekenis van het woord: hij gaat geen klomp hout of steen te lijf met beitel en burijn; hij boetseert geen smeuïge klei; hij giet geen gloeiend en rokend gesmolten metaal in vuurvaste vormen; hij doet geen symbolische of mythologische figuren uit een marmerblok te voorschijn komen, zoals Michel Angelo bescheiden beweerde dat het volstond om een meersterwerk voort te brengen. Delaere kan geschikter beschreven worden als de edelsmid van het hout, ware het niet om de afmetingen van zijn werken,en om zijn gebeurlijk gebruik van cement of metaal. Hij houdt meer van vlakke panelen dan van volumes; hij brengt liever reliëf aan tegen of in een vlak, dan dat hij driedimensionale figuren schept in de ruimte; hij behandelt vierkante of langwerpige schijven alsof ze delicate huidsecties waren welke hij bewerkt met de angstvallige nauwgezetheid van een esthetisch aangelegde chirurg.

 

Hout heeft beslist zijn voorliefde, en ook wanneer hij andere materialen   gebruikt blijft de benadering dezelfde. Met zorg en een intuïtief voorgevoel, kiest hij zachte houtsoorten uit met fijne gelijklopende vezels, liefst zandkleurige, honigblond of rijkbruin als het loof van een Indian Summer. Doorschijnend vernis van diverse schakeringen, of het samenlijmen van verschillende houtstroken, brengen soms delicate nuanceringen - nooit scherpe tegenstellingen - teweeg. Soms dekt hij zijn panelen met een dunne laag blauwe lakverf waarover het licht heenglijdt en donker-weerspiegelende schaduw- of helle glansvlakken doet ontstaan.

Delaere gaat altijd uit van streng-geometrische vormen: vierkant of rechthoek, maar ook wel langgerekte vierhoeken of figuren waarvan één zijde overloopt als een waterval,of in zachte golving uitdeint.

Met het oppervlak van deze harmonieuze geometrische vormen in te kerven, schijnt Delaere er leven in te blazen of er een verholen dynamiek uit te voorschijn te toveren. Zijn panelen,hetzij in Noord-zuid, hetzij in Oost-West richting, alsof valleien ontstonden door de werking van staag stromend water,of alsof de wenteling van de aarde en het blazen van de wind de sporen van een geheimzinnige schrift bloodlegden. Aanzwellingen of uithollingen, plooien en rimpels breken de serene strakheid van het vlak en schijnen de vezels in beweging te zetten. Vaak doen ze aan de glooiïngen van een heuvellandschap denken en soms zou men zelfs een horizontlijn of de in zand vastgelegde zweepslag van een windruk kunnen herkennen. Maar meestal dringt de aanknoping met, of de toespeling op, de rondingen en de vrouwen die waar te nemen zijn in de geografie van een menselijk lichaam zich op: Delaere boetseert in het hout of in het metaal zijn gevoeligheid voor de intieme spelonken van onze anatomie. De vlakke zachtheid van een buik verloopt in duistere en verborgen diepten; spieren- of zenuwstrengen vervloeien in energieknopen of knoppen; indringingen leiden naar laaiende en stralende licht- of lustpunten. Bloemkelken en stengels verwijzen evenzeer naar lichamelijke streelgebieden, zinnelijke waarnemingen en gebaren. Ook roept het werk van Delaere sterke muzikale aanvoelingen op: een melodische lijn schijnt alle panelen aan mekaar te rijgen: ze loopt kronkelend door heel het werk, zwelt plots aan in de ruimte, en wekt een echo die van sculptuur tot sculptuur verder klinkt. Sommige werken golven als een motet, andere spinnen een fuga uit. Wanneer Delaere drie of vier panelen aan mekaar voegt, zijn de verschillende delen verbonden door een symfonische ademhaling, een deining als van duin of oceaan. Het komt voor dat twee secties van mekaar gescheurd worden: Delaere weeft dan tussen hen een net van heraanknopingen, als om hun integriteit te herstellen en te vrijwaren. Maar die banden zijn tevens littekens en de bewijssporen van hun kwetsbaarheid.

Materialen - en vooral zacht-gegreind blond hout - zijn voor Michel Delaere organische elementen: ieder van hen heeft een eigen specificiteit en een persoonlijk betastingsvermogen. Maar bereidwillig en medeplichtig laten ze zich door de kunstenaar kneden en boetseren, waardoor ze ons zintuiglijk genot verhevigen en ons interpretatievermogen uitdagen.

Galerie Montjoie, Bruxelles.

 

 

 

 

Paul CASO

 

-LE SOIR-  février 1989

 

Cette semaine, une exposition de sculptures d'une particulière qualité retiendra l'attention: les surfaces rompues d'une extrême sensibilité de Michel DELAERE à la galerie Montjoie. Il ne s'agit pas d'un débutant mais d'un artiste dans la quarantaine, déjà dûment chevronné, maîtrisant parfaitement les matériaux.

Michel DELAERE, nous revient sous le signe des brumes - comme si la rosée spirituelle ajoutait à ses surfaces peaufinées et fracturées un supplément fugitif et ondoyant de la nature-. Dans ce miroir adouci, le sculpteur sépare les ombres, suggère le jaillissement d'une source, l'ouverture d'une grotte ou la cachette d'un trésor, car il y a aussi un secret à surprendre. Ce super artisan est avant tout un poète qui doit entendre les confidences de la forêt.

Galerie MONTJOIE, Bruxelles.

 

 

 

 

Anita NARDON                       

 

-LE DRAPEAU ROUGE-  mars 1989

 

Qui dit sculpteur dit volume. Chez Michel DELAERE, on parle de plans. Travail raffiné des surfaces et virtuosité dans l'agencement de celle-ci confèrent à son oeuvre une singularité de langage devenu rare. Certains panneaux de bois naturel s'ouvrent sur des coffres mystérieux où l'artiste cache sans doute un peu de son coeur. Très souvent les plans sont divisés en deux volets qui se rejoignent, le chiffre deux du couple hante l'artiste. Le polissage du bois donne des courbes sensuelles et somptueusement vivantes, où on a l'impression de voir couler le bois comme on coule le métal en fusion. Dans cette démarche plastique élégante et perverse à la fois, subsistent des moments de haute sensualité. Ainsi, dans certaines oeuvres, s'ouvrent des lèvres qui recèlent de leurs replis un éclairage savant. L'érotisme est dans le fil du bois.

Les oeuvres nouvelles sont laquées de bleu sombre, elles sont nocturnes au sens de la nuit. J'ai toujours trouvé à Michel DEALERE une volonté de communication dissimulée dans les replis de son oeuvre, sa veine récente est peut-être une allusion au cosmos au seuil duquel nous sommes en cette fin de siècle et où l'artiste semble nous inviter à nous rendre à la rencontre de " l'autre".       

Galerie MONTJOIE, Bruxelles.

 

 

 

 

Guy GILSOUL

 

-POURQUOI PAS? L'EXPRESS-  mars 1989.

 

Avant d'être sculpteur, Michel DELAERE apparaît comme un amoureux des essences rares. Tellement même, que c'est à peine s'il ose, avec ses ciseaux d'abord, ses enduits et parfois ses monochromies lisses, entamer les panneaux. Les surfaces cependant se gonflent et se creusent, s'offrent et laissent glisser les lumières. Parfois elles se plissent ou se couvrent d'autres épidermes mais à chaque fois, elles se dérobent et se réfugient dans d'étranges brumes. Le bois devenu feuille aime les caresses.

Galerie Montjoie, Bruxelles.

 

 

 

 

Jean-Pierre DENIS                                                                      

 

-LA NOUVELLE GAZETTE-  octobre 1989.

 

L'oeuvre et l'artiste sont marqués par une double fidélité. Fidélité au bois de cèdre: un bois légèrement veiné et à l'apparence douce, que le sculpteur façonne avec un plaisir sensuel évident. Fidélité aussi à ce désir de communiquer: les sculptures murales sont un prétexte ( mais quel prétexte!) pour entrer en communication avec les autres. Michel DELAERE est un homme aux sentiments à fleur de peau. Il a trouvé dans le cèdre un moyen d'exprimer une infinie tendresse.

 

Dans ses expositions précédentes, il avait quelque peu délaissé son bois préféré. Cette infidélité n'a pas été inutile. En utilisant comme support un bois composite, laqué le sculpteur introduit la couleur dans son oeuvre mais supprime toute trace du matériau de base (le laquage recouvrant l'entièreté du support). En utilisant l'acier, DELAERE fait l'expérience de ce qui est dur et rugueux.

 

Les seize sculptures murales exposées aujourd'hui constituent une sorte de synthèse. Des panneaux laqués de couleur sombre s'ouvrent sur un espace intérieur modelé dans le cèdre. D'autres assemblages de panneaux laqués sont traversés verticalement par une "coulée" de cèdre légèrement teinté. Aux abords de la coulée de cèdre, le bois laqué porte la marque des entailles de l'outil. Ce contraste du rugueux sur une surface lisse permet de jouer avec la lumière.

 

Enfin, Michel DELAERE présente une série de panneaux sculptés dans le cèdre uniquement. Le regard est caressé: la pureté des courbes, le polissage si parfait du bois rend visible le plaisir tactile que l'artiste a entretenu avec ce bois vivant.

Tout est intérieur dans les oeuvres de ce sculpteur. Il tente de nous rendre visibles et sensibles ses sentiments les plus profonds.

Galerie Beciani, Charleroi.

 

 

 

 

Y.  V.C.                                                                                        

 

-VERS L'AVENIR-  mars 1990.

 

MICHEL DELAERE A LA "GALERIE ARCADE"

La galerie ARCADE de Waterloo est, sans conteste, la salle d'exposition la plus ouverte aux aux techniques d'art contemporain du brabant wallon. Les amateurs commencent à s'y presser.

Il seront sans nul doute nombreux pour s'y rendre, jusqu'au 4 avril, pour y admirer le travail de Michel DELAERE. L'homme mérite en effet qu'on le connaisse. Né en 1943, auteur d'expositions remarquées à Bruxelles, Charleroi, Tournai, Liège, Knokke, Courtrai, Louvain-la-Neuve mais aussi, en groupe cette fois, à Eindhoven, Valbonne, Cannes ou Paris, apprécié des grosses entreprises belges, Michel DELAERE se présente comme sculpteur. L'on pourrait donc imaginer un homme confrontant une section de tronc d'arbre, l'attaquant au ciseau, faisant sauter de rudes copeaux de la masse, puis taillant de plus près, élaguant avec un soin plus méticuleux et terminant par de petits coups de burin. Dans son cas, il n'en est rein. "Orfèvre du bois" serait une désignation qui conviendrait mieux à son genre de travail, indépendamment des proportions de l'oeuvre.

Michel DELAERE affectionne en effet le carré ou le rectangle plan plutôt que le volume. Il préfère le relief à la ronde bosse. Il entaille des plages ligneuses comme si elles étaient de malléables cristallisations de sable au de peaux vivantes qu'il traite en chirurgien précautionneux, les critiques le disent, d'un sens esthétique raffiné. Ses oeuvres, laquées de sombre, plaisent à tous.!

Galerie Arcade, Waterloo.

 

 

 

Anita NARDON                  

 

-LE DRAPEAU ROUGE-  mars  1990.

 

LES PARTITIONS DE MICHEL DELAERE:

Cela s'appelle, à défaut d'autre terme: des sculptures murales. Je les nommerais volontiers "partitions" car c'est bien de partition de la matière que naît le travail raffiné de Michel DELAERE. Les panneaux d'essences rares sont coupés en deux verticalement, travaillés à la gouge, polis et modulés, ils sont alors réassemblés en laissant la faille centrale ouverte. A l'intérieur, ce ne sont que plissements, vagues, traces, c'est le Grand Erg après le vent de sable ou une paroi rocheuse à la fin d'un hiver d'avalanches. Allusion au travail souterrain mais constant d'une nature en mutation?

Les pièces divisées en deux pans, est-ce un rapport d'opposition, de conflit ou rapport de couple, d'harmonie. Pour dramatiser les volumes, Michel DELAERE use de la laque sombre qu'il rehausse depuis peu de touches de couleur. Parfois un bois naturel satiné apparaît, c'est le côté sensuel de la matière. Les partitions récentes nous renvoient à nos questions-réponses. Un effet de miroir? Le créateur aussi s'interroge et je pense que des choses se préparent qui n'ont pas encore atteint le niveau du conscient.

Galerie ARCADE,  WATERLOO.

 

 

 

S. CHRISTOPHE

 

-LA NOUVELLE GAZETTE-  juin  1990.

 

LES ARTISTES DE THUDINIE A L'ABBAYE D'AULNE: PEJI, MARCHOUL, DELAERE ET LES AUTRES...

-Michel DELAERE est un habitué des sculptures murales. Ses trois oeuvres en bois laqué et cèdre assemblé (même si cela ressemble parfois à du...plastique) jouent sur le contraste entre le lisse et le rugueux, entre le rouge et le noir (les deux seules couleurs utilisées). Des oeuvres "en mouvement": on dirait qu'elles s'écartèlent, qu'elles s'ouvrent, à la manière de la terre hyper-sèche sous l'action du soleil...A découvrir!

AULNE.

 

 

 

Wim TOEBOSCH                                                                      

 

-ARTS ANTIQUES AUCTIONS-  septembre  1991.

 

Les bois laqués et les cèdres teintés de Michel DELAERE, chez TEMPERA faisaient penser, par le gonflement de douces collines et les plissements de vallées peu profondes, au lent travail de l'érosion sur un paysage brabançon.

Maintenant, les failles se font plus marquées, devenant à la fois plus mystérieuses et plus fascinantes; les reliefs sont plus menaçants, comme si de violentes éruptions se préparaient au sein de ces plaques de bois précieux.

Elles évoquent aussi, organiquement, des tensions qui font éclater mais aussi camoufler le désir, des exacerbations et des promesses voilées -et des glissements de lumière, des jeux d'ombres dans les replis secrets et éclats de lumière sur des cimes polies et glissantes, mais accessibles.

Galerie Tempéra, Bruxelles.

 

 

 

Chantal ELSOUT                                                                       

 

-L'EVENEMENT-  septembte-octobre  1991.

 

EXPOSITION DES SCULPTURES DE MICHEL DELAERE A LA GALERIE TEMPERA

Du 21 septembre au 27 octobre, Michel DELAERE exposera ses dernières oeuvres. Salué par la critique comme l'un de nos excellents représentants, cet artiste belge de 47 ans allie la maîtrise parfaite des matériaux à un incontestable esprit poétique teinté d'érotisme.

Très habile, la main légère, il invente des formes au départ de panneaux de cèdre rouge du Canada, caresse le bois, l'apprivoise, pour tout à coup l'entailler, lui creuser le flanc, prenant ensuite plaisir à polir la plaie, à en arrondir les contours.

Il obtient ces courbes sensuelles et somptueusement vivante, d'où l'on a l'impression de voir couler le bois comme s'écoule le métal en fusion.

Tout cela est réalisé avec une science de l'arabesque et d'un polissage admirable.

Paul Caso écrit de lui: "Ce super artisan est avant tout un poète qui doit entendre les confidences de la forêt".

Galerie Tempéra, Bruxelles.

 

 

 

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